Journal d’un retour : la découverte de Kigali

Le 25 janvier 2014. Cette date je l’ai tellement attendue. C’était le premier vol long courrier d’Adèle et nous allions enfin au Rwanda . Quand l’avion s’est posé sur la piste à Kigali, j’ai été bouleversée. Il avait plu avant l’atterrissage, et quand les hôtesses ont ouvert, l’odeur de la pluie m’a littéralement percutée et j’ai pleuré. Mon mari ne comprenait pas ma réaction mais cette odeur, celle de la laterite après la pluie c’était une odeur qui m’avait tellement manquée et qu’on ne peut sentir que par ici . C’était tout une vague de souvenirs d’enfance qui débarquait. Et avec elle, beaucoup d’espoir aussi.

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Journal d’un retour : l’envie de partir…

Il n’y a pas forcément une bonne raison de « rentrer », il peut y avoir différentes raisons derrière cette envie. Dans notre cas, John et moi avions des raisons communes et différentes.

En commun, nous partagions l’envie d’élever notre fille ailleurs qu’en Belgique uniquement, nous voulions plus de multiculturalité . Nous avions aussi le sentiment qu’il serait difficile de sortir de nos cases en restant dans l’environnement où ces cases existaient depuis si longtemps. Nous cherchions notre page blanche afin de pouvoir découvrir qui nous étions quand personne n’était là pour nous regarder ou dire ce qu’on devait faire, même implicitement .

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Le Jour J

Il est 17h le 19 mars 2015.

Un électricien est toujours occupé à brancher le générateur, deux gars sont sensé terminer la barrière qui longe la cuisine jusqu’aux toilettes des clients, ce n’est pas gagné. J’ai récupéré les menus, le contenu est minimaliste : 4 entrées, 4 plats, 3 desserts. La salle est vide, murs blancs et juste nos tables et chaises, des vases avec des fleurs. On a une capacité de 20 couverts, et j’ai 22 réservations.
John est dans la cuisine, avec Anderson et Étienne, Cedric lui est à la plonge. Anderson et Étienne sont en charge de pas grand chose et sont déjà perdus, il faut dire qu’on l’est nous aussi. John fait tout dans cette cuisine, essayant d’anticiper tout ce qu’il peut mais notre mise en place de l’époque n’est pas efficace. En salle, j’ai Fred (heureusement) et Trésor qui très stratégiquement a installé une chaise près de la porte de la cuisine. Apparemment c’est son poste de travail, il est d’une timidité maladive et ne communiquera pas avec les clients de toute la soirée.

John et moi ne nous parlons pas beaucoup, je crois qu’on est aussi effrayé l’un que l’autre et qu’on a trop peur de ce qu’on pourrait verbaliser, puis aucun de nous n’a de temps à consacrer à l’autre . Il est 19h, la barrière est miraculeusement terminée, le générateur fonctionne.

 

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1826 jours

5 ans. En quittant Bruxelles le 3 décembre 2014, j’ignorais à quel point cette date deviendrait tellement magique parce que ce jour là croyez moi, elle ne l’était pas . J’ignorais que 5 ans plus tard je me féliciterai d’avoir pris cet avion alors que j’étais tellement effrayée et que j’avais quelques bonnes raisons de renoncer. J’ignorais que cette étape qui me semblait déjà être dure, n’était vraiment rien comparé à ce qui m’attendait. J’ignorais que le plus dur ne serait pas d’ouvrir le restaurant 15 semaines plus tard dans un pays que nous connaissions à peine et où nous avions 3 contacts en tout et pour tout.

 

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Bouquiner : « Americanah » Chimamanda Ngozi Adichie

Americanah c’est l’histoire d’ Ifemelu, une jeune nigériane qui quitte son pays et l’amour de sa vie , pour aller étudier aux États-Unis. C’est un récit qui parle d’ exil, d’une jeune feministe africaine qui ne veut rien devoir à personne, d’une héroïne de roman un peu désagréable mais à laquelle on s’attache malgré tout. C’est l’histoire de ses amours, du racisme aux États-Unis, et puis aussi celle d’un retour après l’exil.

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L’odeur de la pluie

 

C’est l’odeur de la pluie qui m’a le plus manquée. L’odeur de la terre rouge humide, de l’herbe et des plantes mouillées, de la fraîcheur qui la suit.

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