Journal d’un retour : le plan

Lorsque nous avons pris l’avion le 16 février pour rentrer à Bruxelles après ces trois semaines à Kigali, nous avions une seule certitude : celle qu’on devait revenir. Le projet de restaurant avait germé durant le séjour. Maintenant comment allions-nous passer du rêve, au plan puis à la réalité ?
Ni John ni moi n’étions entrepreneurs, personne dans nos familles ne l’était non plus , ni lui ni moi ne travaillions dans la restauration (enfin on l’avait fait en job étudiant mais de là à ouvrir son propre restaurant). Nous n’avions aucune idée sur comment commencer et même Google ne m’aidait pas beaucoup . Nous avons rapidement décidé d’en parler à nos amis. J’entends souvent dire qu’il faut taire ses projets, ne pas en parler tant que ce n’est pas concret. Il y a derrière tout ça un mélange de superstition et de peur.

Ça risque de porter malheur ou on a peur peur qu’on puisse nous piquer notre projet ou encore être découragé. Or je crois désormais profondément qu’en parler c’est déjà le début de la réalisation du projet. Si vous vous découragez à cause des questions ou inquiétudes des autres, cela signifie que vous ne croyez pas non plus assez en votre projet ; si quelqu’un vous pique votre idée il n’aura jamais accès à l’essence que vous vouliez y mettre, votre touche, pourquoi s’arrêter au lieu d’adapter votre projet ? Nous avons choisi l’option d’en discuter , de parler de notre ébauche de projet , et grâce à cela, une amie nous a permis de rencontrer celui qui est devenu notre mentor. Un homme d’affaires retraité qui consacre une partie de son temps à aider des jeunes gens qui souhaitent se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat. Notre amie nous avait prévenu, son beau-père est très franc et il nous dirait directement si notre idée tenait la route ou pas . Autre avantage, son épouse est Belgo-Rwandaise et il  connaissait donc le pays où l’on souhaitait s’implanter.
Depuis notre retour, il s’était passé un mois. Avec deux amis, nous avions préparé une introduction à notre projet la veille de sa présentation (n’ayez pas peur de demander de l’aide, il y a toujours plus d’idée dans 3 têtes que dans une seule, un regard extérieur apporte de la fraîcheur, nous aide à reformuler, à être plus précis) . Le PowerPoint qu’on créait avait pour but de faire la description de notre concept, du marché de Kigali tel qu’on l’avait perçu, de ce qu’on avait pu constater comme manquement dans la restauration et de comment on pensait y pallier. Bref un plan théorique très basique .
Le jour de notre rendez-vous avec celui qui allait devenir notre mentor , j’étais dans un état de stress important, comme souvent avant un rendez-vous important. Nous savions qu’il nous dirait très honnêtement si il pouvait ou pas nous aider. Et si il s’avérait qu’il ne pouvait pas nous aider ou que l’idée était mauvaise, je ne savais pas ce que nous pourrions faire d’autre, aucun plan B n’était prévu, alors que partir vivre au Rwanda n’était plus discutable au fond de moi . Nous devions partir.
Il s’est avéré que notre présentation de base tenait la route et que Jean nous offrait la possibilité de nous accompagner pour la création de notre business plan. En sortant de chez lui, j’étais à la fois surexcitée et tétanisée ! Un business plan était un concept très vague pour moi et j’étais à l’époque plutôt l’ennemie de tout ce qui se rapporte à des chiffres ou des prévisions financières. Mais voilà, quel que soit votre projet, le business plan est un document incontournable. D’une part il vous permet de vérifier la viabilité de votre projet , d’autre part de s’assurer de sa pérennité et enfin de vous donner des objectifs, vous l’utiliserez beaucoup et pas seulement au départ ou pour trouver des fonds. Il m’arrive de le ressortir pour modifier des données, envisager des changements et voir leur portée . C’est un outil majeur quel que soit le domaine dans lequel vous vous lancez, ça vous aide à connaître par exemple le nombre de projets que vous devriez avoir par an, par mois , par année pour en sortir un salaire si vous souhaitez travailler à votre compte, donc ça ne s’adresse pas uniquement à une entreprise avec des salariés.
l'essentiel du Business plan
Nous avons passé 3 mois à échanger avec notre mentor pour monter ce business plan. C’était excitant et stressant car les corrections à faire ne manquaient pas, et me décourageaient parfois . On envoyait le document par email, puis on se retrouvait pour en discuter, qu’il nous explique ce qui posait souci, pourquoi nous devrions réfléchir à modifier tel ou tel paramètre. À côté du plan financier , Jean, qui en plus d’être un business man est un épicurien et un grand amateur de bonnes tables , nous prodiguait des tas de petits conseils qui, encore aujourd’hui, nous permettent de toujours se recentrer concernant notre entreprise, nos objectifs, les choix à faire. C’est aussi à lui qu’on écrit ou qu’on appelle lors de phases de doute, quand on prévoit un changement important ou pour donner des nouvelles de notre bébé simplement. Le temps qu’il nous a consacré c’était un peu comme une masterclass privée. Sortir de la vision uniquement chiffré de l’entreprise, y ajouter de l’âme, des valeurs. Je chéris toujours ces discussions et les conseils reçus.
Cet homme nous a non seulement pris au sérieux dès le début, aidé à prendre confiance en nous mais nous a aussi insufflé un vrai sens de l’entrepreneuriat. L’importance de l’effort, de l’humilité aussi, le refus de choisir la facilité, l’importance de montrer l’exemple à son équipe, la remise en question régulière et le goût d’avoir toujours envie de faire mieux. Nous ne connaissions rien au monde des entrepreneurs , Jean nous l’a non seulement expliqué mais nous a aussi offert quelques clés. Ma gratitude pour cette rencontre et l’amie qui nous l’a présenté est infinie. Et confirme ce que je vous disais plus haut, si on s’était tû par superstition ou peur, nous aurions manqué de rencontrer cet homme brillant et bienveillant qui nous a appris énormément en quelques mois.
Nattjan'
En juin 2014, après lui avoir envoyé une énième correction par email , il nous a répondu très rapidement « ça y est. Votre business plan est au point et tient la route, à vous de jouer ». Ce mail était à la fois merveilleux et un peu flippant, comme toutes les étapes jusqu’ici en fait, et comme toutes celles qui suivraient . « À vous de jouer » …
fear but do it anyway
Journal d’un retour

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